La résilience n’est plus un scénario extrême, c’est une condition normale d’exploitation
Pendant longtemps, la continuité d’activité a été traitée comme :
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un exercice de conformité,
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un dossier technique confié à l’IT,
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un plan rarement testé, parfois obsolète.
En 2025–2026, cette approche n’est plus tenable.
Les crises successives — cyberattaques majeures, défaillances cloud, tensions géopolitiques, ruptures de fournisseurs — ont démontré que l’interruption numérique est devenue un risque structurel, non un événement exceptionnel.
La résilience numérique est désormais un sujet de gouvernance exécutive, engageant directement la responsabilité des dirigeants.
1. La mutation du risque opérationnel à l’ère numérique
1.1 D’un risque ponctuel à un risque systémique
Les interruptions d’activité en 2026 sont rarement causées par un seul facteur.
Elles résultent de combinaisons de dépendances :
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systèmes IT interconnectés
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fournisseurs cloud critiques
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prestataires de services essentiels
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chaînes de décision complexes
Cette interconnexion transforme un incident local en crise systémique.
L’ENISA identifie explicitement la dépendance numérique comme un facteur d’amplification des crises opérationnelles.
Source ENISA – Digital Risk & Resilience :
https://www.enisa.europa.eu/topics/cybersecurity-policy/digital-resilience
1.2 La fausse sécurité des plans non testés
De nombreuses organisations disposent :
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d’un PCA documenté,
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d’un PRA théorique,
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de procédures rarement mises à l’épreuve.
En situation réelle, ces plans révèlent :
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des délais irréalistes,
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des responsabilités floues,
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des dépendances non identifiées.
La résilience ne se décrète pas, elle se prouve opérationnellement.
2. PCA / PRA : de l’IT à la gouvernance d’entreprise
2.1 Pourquoi le PCA n’est plus un sujet IT
En 2026, un PCA impacte directement :
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le chiffre d’affaires,
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la réputation,
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la conformité réglementaire,
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la valorisation de l’entreprise.
Il engage donc :
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la direction générale,
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le COMEX,
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parfois le conseil d’administration.
Les régulateurs européens ont clairement renforcé cette responsabilité.
2.2 NIS2 et DORA : la continuité comme obligation managériale
Les cadres réglementaires récents imposent :
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l’identification des services critiques,
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la capacité démontrée de continuité,
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la responsabilité explicite du management.
NIS2 étend ces exigences à de nombreux secteurs non financiers, tandis que DORA impose une résilience opérationnelle démontrable dans la finance.
Sources officielles :
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NIS2 – EUR-Lex
https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2555/oj -
DORA – Commission européenne
https://finance.ec.europa.eu/digital-finance/digital-operational-resilience-act-dora_en
3. Les erreurs stratégiques les plus fréquentes
3.1 Confondre sauvegarde et résilience
Sauvegarder des données ne garantit pas :
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la reprise des opérations,
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la disponibilité des applications,
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la continuité des processus métiers.
La résilience exige une vision bout-en-bout, intégrant :
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IT
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métiers
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fournisseurs
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décisions exécutives.
3.2 Sous-estimer les dépendances externes
Les PCA traditionnels négligent souvent :
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les hyperscalers
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les prestataires critiques
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les outils SaaS essentiels
Or, une défaillance externe peut rendre un PRA interne totalement inopérant.
4. Les piliers d’une résilience numérique crédible en 2026
4.1 Identifier les fonctions réellement critiques
Toutes les activités ne se valent pas.
Les organisations matures priorisent :
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les processus générateurs de revenus
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les obligations réglementaires
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les engagements clients essentiels
Cette hiérarchisation conditionne :
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les investissements
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les délais de reprise acceptables
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les arbitrages exécutifs.
4.2 Tester, simuler, décider
Une résilience crédible repose sur :
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des tests réguliers de PCA/PRA
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des simulations de crise réalistes
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des exercices impliquant le management
Ces exercices révèlent souvent :
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des angles morts organisationnels
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des délais irréalistes
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des conflits de priorités.
4.3 Intégrer la résilience dans la stratégie globale
Les organisations les plus avancées :
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intègrent la résilience dans leur stratégie digitale
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lient continuité et choix cloud
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alignent résilience et création de valeur long terme
La continuité devient alors un avantage concurrentiel, pas un centre de coûts.
5. Résilience numérique et M&A : un facteur clé post-deal
Dans les contextes de fusion-acquisition :
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les PCA sont rarement harmonisés
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les niveaux de maturité diffèrent fortement
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les dépendances héritées sont mal connues
Après le deal, ces écarts deviennent :
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des risques d’interruption
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des freins à l’intégration
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des sources de perte de valeur
C’est pourquoi la résilience doit être évaluée avant et après la transaction, au même titre que les synergies financières.
En 2026, la résilience devient un marqueur de maturité exécutive
La résilience numérique n’est plus :
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un document,
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un audit ponctuel,
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une exigence réglementaire isolée.
Elle est :
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une capacité opérationnelle démontrable,
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un levier de confiance pour les parties prenantes,
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un indicateur de maturité de gouvernance.
Les dirigeants qui intègrent la continuité d’activité au cœur de leur stratégie renforcent durablement la robustesse et la valeur de leur organisation.

