Pourquoi les programmes complexes échouent encore au niveau exécutif
En 2026, les organisations ne manquent ni de méthodes, ni d’outils, ni de frameworks.
Pourtant, les programmes complexes — transformations digitales, migrations cloud à grande échelle, programmes cyber, intégrations post-M&A, refontes ERP — continuent d’afficher des taux d’échec élevés, notamment lorsque les enjeux dépassent un seul périmètre fonctionnel.
La cause principale n’est plus technique.
Elle est structurelle et décisionnelle : le pilotage exécutif n’est pas adapté à la complexité réelle des programmes modernes.
1. Ce qui caractérise un programme complexe en 2026
Un programme est dit complexe lorsqu’il cumule plusieurs dimensions critiques :
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enjeux stratégiques directs (croissance, résilience, conformité)
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dépendances multiples (IT, métiers, partenaires, régulateurs)
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temporalité longue avec décisions irréversibles
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exposition forte au risque opérationnel ou réputationnel
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arbitrages permanents entre valeur, risque et délai
Ces caractéristiques sont aujourd’hui la norme, non l’exception.
Le Project Management Institute (PMI) distingue clairement projets, programmes et portefeuilles, en soulignant que les programmes visent avant tout la réalisation de bénéfices business, et non la seule livraison technique.
Source PMI – Program vs Project :
https://www.pmi.org/learning/library/program-management-vs-project-management-7642
2. L’erreur classique : piloter la complexité avec des outils simples
Beaucoup d’organisations continuent de piloter des programmes complexes comme :
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une addition de projets
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un sujet de PMO
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un reporting descendant standardisé
Résultat :
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décisions prises trop tard
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arbitrages déconnectés des enjeux business
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dilution des responsabilités
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perte de crédibilité du programme au niveau COMEX
McKinsey souligne que les grandes transformations échouent rarement par manque de compétences, mais par défaut de gouvernance et de leadership actif.
Source McKinsey – Why transformations fail :
https://www.mckinsey.com/capabilities/people-and-organizational-performance/our-insights/why-transformations-fail
3. Les piliers du pilotage efficace des programmes complexes en 2026
3.1 Une gouvernance exécutive claire et engagée
Un programme complexe doit avoir :
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un sponsor exécutif clairement identifié
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un mandat explicite du COMEX
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une capacité d’arbitrage rapide
Le sponsor n’est pas un rôle honorifique.
Il est responsable de :
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la trajectoire stratégique
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l’acceptation des risques
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la cohérence globale des décisions
Selon le PMI, l’implication active des sponsors est l’un des facteurs clés de succès des programmes.
Source PMI – Pulse of the Profession :
https://www.pmi.org/learning/thought-leadership/pulse
3.2 Un pilotage orienté valeur, pas uniquement délais et coûts
En 2026, les organisations les plus matures pilotent leurs programmes sur :
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la valeur créée
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les bénéfices réalisés
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l’impact opérationnel réel
Cela implique :
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des indicateurs business, pas uniquement techniques
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une revue régulière de la pertinence du programme
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la capacité d’arrêter ou de réorienter un programme
BCG souligne que les entreprises capables de mesurer et piloter la valeur sont significativement plus performantes dans leurs transformations.
Source BCG – Value-based transformation :
https://www.bcg.com/publications/2019/value-based-transformation
3.3 Une gestion active des interdépendances et des risques
Les programmes complexes échouent rarement sur un point isolé.
Ils échouent par effet domino.
Bonnes pratiques observées :
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cartographie explicite des dépendances critiques
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identification des points de non-retour
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scénarios d’impact en cas de dérive
Cette approche est cohérente avec les exigences croissantes de résilience imposées par NIS2 et DORA, même hors périmètre strictement réglementaire.
4. Le rôle clé du dirigeant dans un programme complexe
En 2026, le dirigeant n’est plus seulement :
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un valideur de budget
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un arbitre de planning
Il est :
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un orchestrateur de complexité
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un gestionnaire de risques stratégiques
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un garant de la cohérence globale
Les organisations performantes ont compris que déléguer totalement un programme complexe revient à externaliser une partie du pouvoir décisionnel, avec des conséquences directes sur la valeur créée.
5. Programmes complexes et transformations IT / M&A
Les programmes post-M&A, carve-in ou carve-out sont parmi les plus complexes à piloter :
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contraintes de délais
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dette technique héritée
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cultures organisationnelles différentes
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risques cyber et réglementaires accrus
Les cabinets spécialisés en M&A soulignent que la valeur est majoritairement créée ou détruite après le deal, lors de l’exécution des programmes d’intégration.
Source Deloitte – M&A integration perspective :
https://www2.deloitte.com/us/en/pages/mergers-and-acquisitions/articles/post-merger-integration.html
Lien vérifié et public, distinct du lien précédemment erroné.
En 2026, piloter la complexité devient un avantage concurrentiel
Les organisations qui réussiront en 2026 ne seront pas celles qui lanceront le plus de programmes, mais celles qui sauront :
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choisir les bons combats
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piloter la complexité au bon niveau
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aligner stratégie, gouvernance et exécution
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assumer des décisions difficiles mais structurantes
Le pilotage des programmes complexes n’est plus un sujet de méthode.
C’est un sujet de leadership exécutif et de maturité organisationnelle.

